Et si ton branding était trop petit pour ce que tu fais vraiment ? Créer un univers de marque

Tu crées des identités, des visuels, des expériences… mais quand tu te présentes, tu te glisses dans un titre qui te semble trop petit ? Aimée Desrosiers a vécu ça. Sa réponse : arrêter de se contenter de « faire des logos » et construire un univers de marque.

Designer graphique senior depuis plus de 20 ans, Aimée, alias La Biscornue, crée depuis trois ans l’identité visuelle du Cabinet de curiosités. Je l’ai reçue dans l’épisode 32 de Celles qui créent.

De « la graphiste sympathique » à La Biscornue

À ses débuts, Aimée s’était brandée « la graphiste sympathique », avec des codes QR sur un t-shirt. Parce qu’au début, explique-t-elle, on ne veut tellement pas déranger, on veut avoir tous les contrats, alors on se rend vraiment accessible. Puis on dépasse cette boîte-là.

Elle a cherché un mot qui exprime comment elle se sent dans le design graphique. Biscornu : étrange, absurde, qui dérange un peu. Elle l’a mis au féminin, et l’assume depuis. Et pour nommer ce qu’elle fait, elle a francisé le worldbuilding, à la québécoise : la mondélaboration, l’art d’élaborer des mondes. Un principe qui existe en littérature, au cinéma ou au théâtre, qu’elle applique au branding, aux services et aux offres.

Un univers de marque, c’est un branding qui va plus loin

Pour Aimée, créer un univers repose sur les mêmes fondations qu’un branding : on parle de ce que la personne aime, de ce qu’elle n’aime pas, de ses valeurs. Mais on va plus loin : trouver une idée d’univers (vaste ou du quotidien, fantastique, médiéval…), puis les mots, puis les images et les moodboards qui décrivent l’ambiance.

Le défi, sur le web, c’est qu’on a peu de sens pour faire vivre une ambiance : la vue, la lecture, parfois l’ouïe. D’où l’importance des détails dont on se souvient : un curseur en forme d’ourson, un message d’erreur drôle dans un formulaire, une newsletter qui l’appelle « la Reine Queen Bee du cool » plutôt que par son prénom. Pas forcément de la personnalisation poussée, mais une façon de dire : je pense à toi, viens vivre quelque chose de spécial.

Créer une identité que des centaines de personnes vont utiliser

Aimée a créé les univers du Festival Web de la Création de Contenu, du Défi Brutal, de la Galerie des raccourcis et du Cabinet de curiosités. Des identités pensées pour être utilisées par des dizaines, voire des centaines d’entrepreneures. Son principe :

Chaque personne qui va utiliser ce branding-là, les centaines de personnes qui vont l’utiliser, sont à considérer comme des clients qui vont utiliser le branding, un nouveau branding.

Aimée Desrosiers

Concrètement : tous les assets dans un dossier, en SVG et dans toutes les couleurs, des templates Canva, et pour le dernier Cabinet, une vidéo (forcément drôle) pour expliquer comment les utiliser. Sa charte graphique, elle, mise davantage sur le concept que sur les codes couleur : elle donne la direction artistique, quelques contre-exemples (sa partie préférée), et fait confiance aux gens pour l’application.

Le résultat la ravit : chacun reprend les templates à sa sauce, avec son portrait, ses textes, parfois toutes ses propres couleurs, et on reconnaît encore le Cabinet. Parce qu’une identité ne tient pas qu’à la forme et aux couleurs : c’est un ensemble. Son seul petit cri du cœur, technique : sur Canva, pensez à changer la hauteur de ligne par défaut !

L’IA générative, oui, mais en restant directrice artistique

L’IA générative m’aide à créer ce qui manque dans mon imagination.

Aimée Desrosiers

Early adopter, Aimée l’a vue comme un moyen de créer des images introuvables en banque d’images, et plus inclusives : des femmes en armure avec un café et un iPad, des femmes noires, voilées, aux corps différents, un buste de marbre noir aux traits africains. Ce qui la dérange, ce sont les gens qui utilisent l’IA sans la diriger, sans intention et sans corriger. Chez elle, rien ne sort de l’IA sans passer ensuite par Photoshop ou Illustrator. Et c’est seulement quand elle a mis la main à la pâte qu’elle considère l’image comme sa création.

Pour le Cabinet de cette année, elle a fait le choix inverse de l’an dernier : le moins d’IA possible. À la place, des illustrations du domaine public, issues d’anciennes encyclopédies : fruits, plantes, poissons, animaux. Un cadre qui semble contraignant, et qui a pourtant donné une identité commune très variée. Moi, je me suis amusée de fou avec des champignons.

Le plaisir, indicateur de santé business

Multi-passions et assumée, Aimée ne cherche pas à s’organiser pour ne pas se disperser : elle embrasse le chaos, avec ses listes et son calendrier. Et à la designer qu’elle était en 2014, elle dirait simplement de ne pas perdre courage et de se faire confiance. Son conseil pour les créatives qui l’écoutent :

Le plaisir est un super bon indicateur de santé business.

Aimée Desrosiers

S’il y a plus de frustration, plus de moments où tu pleures parce que tu as encore accepté un client que tu n’aurais pas dû, ou qu’on discute encore tes prix, c’est que quelque chose doit changer. Et quand tu repères ce qui t’a fait plaisir, un projet, un client, suis cette piste : la vie est tellement courte.

Pour aller plus loin

J’ai décortiqué l’identité qu’Aimée a créée pour le Cabinet de curiosités dans ma newsletter.

👉 Écoute l’épisode avec Aimée pour toute sa vision de la mondélaboration, et un bel exercice de lâcher-prise.

Et toi, ton branding est-il à la taille de ce que tu fais vraiment ? Dis-le-moi en message ou en commentaire !

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