Se réinventer dans la création : changer de direction n’est pas un échec

Tu as l’impression de faire tourner quelque chose qui ne te ressemble plus tout à fait ? Tu te demandes si on peut vraiment changer de cap, en profondeur, sans tout sacrifier ? Cécile Tauvel, mon invitée dans l’épisode 31 de Celles qui créent, a vendu l’entreprise qu’elle avait co-fondée pendant 12 ans pour se réinventer dans l’art. Et elle le fait sans se perdre.

12 ans, presque 90 personnes, puis la vente

En 2012, à la sortie de l’école de commerce, Cécile crée avec son compagnon, Antoine, La Minut’Rit, un réseau de conciergerie d’entreprise. Au départ, c’était son projet de fin d’études, censé lui apprendre à entreprendre pendant 3 ou 4 ans. L’aventure a duré 12 ans, avec un réseau de franchises et presque 90 personnes au total.

La décision de vendre n’a pas été brutale. Cécile parle de cycles : on repart tous les 4 ans environ, et il faut à chaque fois retrouver de l’énergie. Après le troisième, repartir pour 5 à 10 ans en refaisant des choses déjà faites ne les motivait plus. Ils ont eu la chance de trouver un acquéreur qui partageait leurs valeurs, et de transmettre l’entreprise petit à petit, en juin 2024.

Entreprendre en couple : un miroir grossissant

Cécile connaît bien le sujet : elle y a consacré une saison entière de son podcast Pop in !, en interviewant une vingtaine de couples qui travaillent ensemble. Pour elle, entreprendre à deux, c’est un peu un miroir grossissant, qui amplifie les qualités, les différences et les modes de communication.

Ce qui les a aidés : séparer clairement les rôles. Antoine sur la structuration administrative, juridique et commerciale, Cécile sur l’animation des franchisés, le recrutement, la créativité et la transmission. La vision, elle, était portée à deux. Et protéger le couple, en essayant de ne pas parler entreprise pendant les moments à deux (« très très dur », de son propre aveu).

Pour moi c’est important de pouvoir être vraiment ambitieux sans avoir à être en guerre avec soi-même.

Cécile Tauvel

Concrètement, elle refuse de sacrifier sa famille, son couple, sa santé ou sa joie. Et elle s’appuie sur un cadre : un autobilan chaque mois, trois objectifs globaux par an, et une vision à 10 ans qui l’avait déjà aidée à préparer la croissance de sa première entreprise.

Take Your Choice, 1885, John Frederick Peto

Se réinventer dans l’art avec Maison Lacmé

Avec Antoine, Cécile a lancé Maison Lacmé. Ils imaginent la ligne artistique, font des maquettes et des dessins préparatoires, puis confient la réalisation aux savoir-faire d’artisans d’art. Leur premier grand projet, autofinancé grâce à la vente : une voiture transparente sublimée par 12 artisans d’art, exposée à l’Hôtel de la Marine pendant la Paris Design Week.

Le modèle économique est clair : vendre cette première œuvre, puis travailler surtout sur commande, pour des collectionneurs, en architecture d’intérieur ou pour des maisons de luxe. Cette voiture, c’est en quelque sorte leur premier cas client : la démonstration de ce qu’ils sont capables de faire.

Se faire une place quand on vend quelque chose de nouveau

Comment se faire connaître dans un milieu où l’on n’a pas encore de réseau ? Cécile mise sur le relationnel plutôt que sur la vente directe. Trois leviers m’ont marquée.

  • Les nœuds de réseau. Un concept découvert grâce à une professeure de Neoma Business School : repérer les personnes (ou les groupes) dont viennent beaucoup de tes relations. Pour sa première entreprise, c’était sa mère, très impliquée dans l’associatif, et le réseau des anciens de Neoma. Comme elle le dit, tu te rends compte qu’il y a plein de relations qui viennent d’une seule personne.
  • Le bénévolat et le podcast. En s’impliquant comme bénévole dans la France Design Week en Normandie, et grâce à son podcast, elle a été contactée par l’association Women in Design pour enregistrer des épisodes avec des autrices du design. Une opportunité gagnant-gagnant qui l’a fait entrer dans le milieu.
  • Un fil LinkedIn recomposé. Elle a reconstruit son réseau autour de trois mots-clés : design, artisanat d’art et art. Résultat, son fil d’actualité est rempli d’art. Et depuis la vente, elle accepte les appels découverte d’une demi-heure, qui lui ont fait rencontrer des gens incroyables.

Changer de direction n’est pas un échec

Quand je lui ai demandé un mot de sagesse pour les créatives qui rêvent d’avoir un pied (ou deux) dans l’art, Cécile a répondu ceci :

Comprendre que changer de direction c’est pas forcément un échec.

Cécile Tauvel

Mais ça prend du temps. Et pour avoir du temps, il faut libérer de l’espace : accepter l’ennui, accepter les moments de pause, revenir à ce qui t’ancre (pour elle, la mer). Tout en restant capable de saisir les opportunités quand elles passent.

Elle en a fait l’expérience : l’année après la vente, elle avait du temps. Quand un appel à projets pour le millénaire de la Normandie est passé, elle a eu cinq jours pour y répondre. Reposée, elle a tout donné, et elle a été retenue. Ce projet, Tissage d’empreintes, rassemblera 1 000 femmes normandes dans une œuvre textile exposée en 2027.

Pour aller plus loin

Se réinventer ne veut pas dire tout effacer. Cécile a gardé tout ce qu’elle avait appris en 12 ans d’entrepreneuriat (le réseau, la transmission, la vision à long terme) et l’a mis au service d’un projet qui lui ressemble aujourd’hui.

👉 Écoute l’épisode 31 de Celles qui créent pour découvrir toute l’histoire de Cécile : la vente de La Minut’Rit, l’entrepreneuriat en couple et la naissance de Maison Lacmé.

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