Changer de métier sans tout jeter : et si tu additionnais tes compétences ?

Tu aimes ton métier, mais tu te sens à l’étroit dans ta case. Et l’idée de changer de métier te donne l’impression de devoir tout jeter : tes années d’études, tes compétences, ton réseau. Et si tu pouvais plutôt additionner ?

C’est exactement ce qu’est en train de faire Aude Gerlinger, designer UX, community builder et chargée de cours. Au micro de l’épisode 33 de Celles qui créent, elle m’a fait une annonce que je n’avais pas vue venir : à la rentrée, elle commence un CAP électricien. Sans renoncer au design.

La polyvalence, ce défaut qui n’en est pas un

Aude n’a jamais voulu choisir trop tôt. Au lycée, elle part en arts appliqués parce qu’il lui semble trop tôt pour savoir quel métier faire. Ensuite, elle prend la spécialité la plus large possible, design de communication, espace et volume. Puis l’architecture d’intérieur, la scénographie, la muséographie, et enfin un master de web design.

Pas pour changer de voie à chaque fois : pour accumuler des compétences qu’elle ne renie pas, mais qu’elle assemble. Le problème, c’est le regard des autres :

La polyvalence n’est pas bien vue malheureusement en France même si ça émerge.

Aude Gerlinger

On lui a souvent répondu « oui, mais tu n’es pas spécialisée ». Alors elle a monté sa boîte. Et je me suis reconnue : après les arts appliqués, j’ai fait le même calcul qu’elle en choisissant le design graphique parce que ça me semblait plus large.

The City from Greenwich Village, 1922, John Sloan

Entreprendre, échouer, continuer

Sa première boîte, Curiou, voulait célébrer la curiosité pour recréer du lien humain : un outil numérique pour faciliter la rencontre, puis des expériences dans le monde réel. Elle a notamment créé, pour un musée, une expérience qui révélait en temps réel les émotions des visiteurs devant les œuvres. Elle voulait la dupliquer dans des villes, des gares, des aéroports.

Sauf qu’elle a créé en plein Covid. La vague d’après a été trop forte, et l’aventure s’est terminée en liquidation judiciaire. Aude en parle simplement, sans dramatiser. Elle est ensuite passée par le salariat, dans une startup où elle concevait des parcours pour les utilisateurs, les clients et les partenaires à la fois. Un fil rouge ne l’a jamais quittée : penser l’avant, le pendant et l’après de chaque expérience, et remettre de l’humain au centre. Parce que, comme elle le dit, on n’est pas dans le métaverse : on reste sur la planète Terre.

Le déclic : une tiny house et des fils électriques

À côté de son travail, Aude participe à un projet d’habitat collectif associatif, où presque tout est fait à la main. Elle a autoconstruit sa tiny house avec son compagnon, et c’est elle qui s’est chargée de l’électricité. Elle a « trop kiffé » le faire, même si c’était complexe. Puis elle a mis les mains dans les réseaux électriques du projet, accompagnée par un pro.

Elle se projetait sur une reconversion dans deux ou trois ans. Mais quand sa mission salariée s’est terminée, elle s’est dit : c’est maintenant.

Ne rien mettre de côté

Le vrai tournant, c’est une conversation avec un ancien designer graphique en route vers le même CAP. Lui veut sortir la tête des écrans et créer des projets artistiques avec la lumière, de la micro-architecture. Aude en a tiré une conclusion simple :

Pourquoi je dois mettre encore de côté mes compétences designer en fait ? Non je peux tout cumuler une fois de plus !

Aude Gerlinger

Sa projection : des rénovations électriques ponctuelles avec son vélo cargo, du freelance en design à côté, et à terme, un tiers-lieu ouvert aux habitants de sa commune. Toujours avec la même envie : recréer du lien.

Et toi, par où commencer ?

Pas besoin de t’inscrire à un CAP demain. Le conseil d’Aude est plus simple, et plus exigeant :

Réussir à assez ralentir pour faire le focus sur soi et se dire, tiens, est-ce que aujourd’hui j’aime ce que je fais ou est-ce que je suis toujours alignée avec ce que je fais ?

Aude Gerlinger

Son outil pour ça : la mind map. Elle en fait depuis des années pour voir comment elle a évolué, ce qu’elle a arrêté, ce qu’elle a continué. Quelques questions pour démarrer la tienne :

  • Quelles compétences as-tu accumulées, même hors de ton métier actuel ?
  • Qu’est-ce qui te fait vraiment kiffer en ce moment, au travail ou à côté ?
  • Comment ces deux listes pourraient-elles se rencontrer ?

Pour Aude, oser faire ce point demande un certain courage. Mais c’est souvent là que les chemins les plus intéressants commencent.

Pour aller plus loin

👉 Écoute l’épisode avec Aude pour tout son parcours, sa vision du design et les outils qu’elle utilise pour auditer une expérience client.

Et toi, est-ce que tu t’es déjà sentie à l’étroit dans ta case ? Dis-le-moi en message ou en commentaire !

Reine-Claude

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