Et si ton vrai blocage n’était pas la productivité, mais l’espace que tu refuses à ton art ?

Tu te sens « trop designer » pour oser créer librement… et « trop artiste » pour rentrer dans une case pro ? Tu n’es pas seule. Entre les deux, il y a ce vide vertigineux où personne ne t’a appris à naviguer.

Dans cet article, je te partage le parcours de Claire Sollinger, designer et artiste visuelle, qui a osé investir 40m² pour son art — sans garantie de rentabilité, sans business plan bétonné, mais avec un pacte d’amour envers elle-même.

Le mythe de la créative qui « devrait choisir son camp »

Combien de fois as-tu entendu qu’il fallait te « positionner clairement » ? Qu’on ne pouvait pas être designer et artiste ?

Claire l’a vécu de plein fouet. Issue d’une formation en design graphique (BTS communication, école d’arts appliqués), elle a baigné dans une culture où « le designer répond à des problèmes » et « l’artiste fait quelque chose d’autre ». Une muraille invisible entre deux mondes qui se regardent mais refusent de se toucher.

Résultat ? Cette friction intérieure permanente. Cette impression de ne jamais être tout à fait légitime, ni d’un côté ni de l’autre.

Peut-être que tu vis ça aussi :

  • Tu crées pour tes clients, mais ta propre créativité s’étiole
  • Tu as des envies artistiques que tu ranges dans un coin « pour plus tard »
  • Tu ne sais pas comment te présenter sans te sentir réductrice

Ce conflit n’est pas une faiblesse. C’est le signe d’une richesse créative qui cherche son espace d’expression.

Le déclic : quand le rêve se présente (et que tu as peur de le prendre)

Mai 2024. Claire tombe sur une annonce Facebook : un atelier d’artiste à louer. Coup de cœur immédiat.

Pas de business plan. Pas de projection sur 3 ans. Juste une intuition brûlante et une enveloppe budgétaire qu’elle s’était autorisée (importante nuance : elle avait provisionné cet investissement, comme on investirait dans un coaching).

40 mètres carrés. Des murs blancs. Une lumière vive. Et une règle radicale : pas d’ordinateur, pas d’internet dans cet espace.

Mais voilà : obtenir son rêve, c’est vertigineux.

« Je me suis retrouvée assise sur une chaise en bois, avec 40m² vides autour de moi, et je me suis demandé : qui je suis pour avoir autant de place ? »

Sa première réaction ? Sécuriser l’insécurité. Elle a ramené ses ateliers créatifs (qu’elle animait en ligne) dans l’atelier physique. Histoire de rentabiliser cet espace qui lui faisait peur.

Tu reconnais ce réflexe ?

Quand tu obtiens enfin ce que tu voulais, tu t’empresses de le remplir avec ce que tu sais déjà faire. Pour ne pas affronter le vide. Pour ne pas te demander ce que tu ferais vraiment si tu t’autorisais à juste être.

Mary Cassatt, Woman with a Sunflower, c. 1905, oil on canvas, Chester Dale Collection, 1963.10.98

Le pacte d’amour : quand tu arrêtes de te raconter des histoires

Décembre 2024. Claire rentre d’un voyage et prend une décision radicale :

« J’ai ce rêve, et je ne l’utilise pas. Je ne lui donne pas sa fonction première. Je veux peindre, et je n’ai pas peint. »

Elle arrête les ateliers. Elle se donne un an pour voir ce que son art peut devenir si elle lui donne vraiment de la place.

Et c’est là que quelque chose de puissant se passe.

L’été 2024 : deux mois entiers pour l’artiste.

Pas de clients design. Pas de projets rentables. Juste la création, brute et vivante.

Ce que Claire a découvert pendant ces deux mois :

  • Que créer, c’est parfois inconfortable, désagréable, lent — et que c’est normal
  • Que dans son atelier, la notion de temps et de productivité n’existe pas vraiment
  • Qu’elle peut passer une après-midi à découper 80 corps en papier sans savoir pourquoi
  • Que son studio lui sert aussi à faire des siestes (et que oui, c’était très difficile à accepter au début)

En septembre, elle organise des portes ouvertes. Et là, la designer revient — mais cette fois, au service de l’artiste. Elle crée une expérience utilisateur dans son propre univers artistique. Elle pense parcours, émotion, connexion.

Les deux casquettes s’embrassent.

La vraie question : comment tu navigues quand ta créativité ne rentre pas dans un planning ?

Parce qu’on va se dire les vraies choses : tu as un business à faire tourner.

Claire n’est pas naïve. Elle a dû inventer son propre équilibre :

1. Des sources de revenus multiples

  • Vente d’œuvres (en atelier, en boutiques, en ligne)
  • Prestations design ultra-courtes (consultations créatives de 2h)
  • Projets de branding ponctuels (sans s’engager sur 6 mois)

2. Une offre qui protège son énergie créative

Pourquoi elle refuse les gros projets design ? Parce qu’elle a identifié sa limite : la fatigue de création.

« Quand tu crées pour ton art et que tu dois créer pour les autres, il y a une jauge. Je ne peux pas prendre des projets créatifs d’ampleur incroyable. J’aime être deux heures avec une personne pour améliorer quelque chose, puis c’est fini. »

Sa formule miracle ? L’offre coup de poing. Celle qui a un début, un milieu, une fin. Celle qui ne vient pas drainer de la charge mentale en dehors.

3. Un rapport à la rentabilité revisité

Claire ne sait pas si elle gardera son atelier dans 2 ans. Elle renouvelle son bail annuellement. Elle avance avec l’idée que ça peut s’arrêter.

Mais aujourd’hui, elle génère des revenus avec son art. Et surtout : elle a davantage de foi envers son art.

Son prochain objectif pour 2026 ? Chercher des subventions. Explorer d’autres formes de soutien. Continuer d’inventer.

Et toi, quelles questions te poser aujourd’hui ?

Avant d’écouter l’épisode complet, pose-toi ces questions :

  1. Quelle part de toi tu n’autorises pas à s’exprimer par peur que ça ne soit pas rentable ?
  2. Si tu avais un espace (physique ou temporel) rien qu’à toi pour créer, qu’est-ce que tu ferais en premier ?
  3. Où se situe ta jauge de fatigue créative ? Est-ce que tes offres la respectent ?

Ces questions inconfortables, Claire les a traversées. Dans l’épisode, elle partage comment elle gère concrètement ses semaines entre design et art, son processus créatif à partir de ses blocages, et sa vision sur la cohabitation entre l’artiste et la designer.

Pour écouter l’épisode complet

Claire partage avec une sincérité désarmante ce que personne n’ose dire sur le processus créatif : que c’est parfois lent, flou, inconfortable. Et que c’est exactement comme ça que ça doit être.

Écoute l’épisode 14 de Celles qui créent : Celle qui réconcilie l’artiste et la designer, avec Claire Sollinger.

Durée : environ 40 minutes pour comprendre comment naviguer entre ta double identité créative sans te trahir.

Et toi, tu te reconnais dans cette friction entre l’artiste et le professionnel ? Quelle part de toi attend son espace ? Viens en parler sur Instagram ou LinkedIn.

Si cet article t’a parlé, partage-le à une créative qui hésite entre ses deux casquettes.

la dose de design hebdo des solos ↘︎

Du design, oui. Mais surtout de la jugeote. Chaque semaine, une analyse + un levier actionnable pour avancer vite et bien.